Après plus d’une semaine de blocage du port, de manifestations, des pertes financières importantes, les forces de l’ordre sont intervenues à Sidi Ifni. Selon les informations, elles l’ont fait avec une violence indicible, alors que les manifestants ont opposé une résistance physique aux forces d’intervention.
Selon plusieurs sources officielles, il n’y a pas eu de mort. Si l’on en parle, c’est que les associations actives sur le petit port sahraoui, relayées par la presse et «Al Jazeera» ont annoncé le décès de huit citoyens. Par contre une enquête est en cours autour de témoignages de vols commis par des éléments des forces de l’ordre, mais aussi sur le bris de portes et la destruction de biens des habitants. Sur ce chapitre, les témoignages sont nombreux et concordants, certains se sont crus en razzia. La crédibilité de l’Etat est engagée sur cette enquête et les suites qui lui seront données.
Les événements ne sont pas les premiers du genre. Il y a quelques années, la même ville, aux portes du Sahara, avait connu une vive tension et des manifestations transformées en émeutes. Ceux qui veulent mettre cette tension à l’actif des séparatistes ne connaissent ni la région ni la nature du problème. Les Aït Baâmrane en général et les habitants de Sidi Ifni en particulier, ont le même blues depuis longtemps. Ils ne comprennent pas, n’acceptent pas que leur région, eux qui ont combattu pour retrouver la mère-patrie depuis le début de l’indépendance, ne bénéficient pas des efforts colossaux faits au Sahara. «Les milliards nous passent au-dessus de la tête depuis 30 ans, alors que notre ville est à l’agonie», expliquait un enseignant lors des émeutes précédentes.
Ils réclament une préfecture, plus d’investissements publics, des hôpitaux, des écoles, des opportunités d’emplois. Comme le reste du Maroc ! Oui, mais Khénifra n’est pas aux portes des provinces du Sud, et la tribu qui la peuple n’a pas d’antécédents ancestraux avec les Rguibat et les Zarkyines. Le Tribalisme est un fait sociologique, omniprésent, y compris dans les revendications sociales pour ces régions.
Rien n’a changé
L’Etat avait apparemment bien appréhendé la première crise. Une délégation ministérielle, emmenée par Fouad El Himma encore aux affaires à l’époque, s’était rendue sur place. Elle avait réussi à désamorcer la crise en promettant monts et merveilles. Pour avoir visité Sidi Ifni l’année dernière, on peut affirmer que rien n’a changé. Ce petit port a des potentialités énormes pour la pêche, le tourisme et bien d’autres activités. Il lui manque une stratégie d’ensemble et une véritable impulsion politique. La région entre Tiznit et Sidi Ifni connaît un renchérissement inimaginable au niveau du foncier, en dehors de tout aménagement du territoire, ni de stratégie de développement maîtrisée. Les populations sont impatientes, parce qu’elles traînent leur blues depuis 30 ans, l’Etat est conscient du problème, désireux d’y trouver une solution, mais a ses propres contraintes. L’une d’elles est qu’il ne veut pas apparaître comme réceptif au chantage à l’émeute. La réponse sécuritaire de samedi est inadaptée à 3 niveaux :
- L’usage disproportionné de la force attise sinon la haine, du moins la méfiance des habitants. «Ils n’auraient jamais fait ça à Laâyoune par crainte de l’ONU» nous a confié un militant associatif, membre du PADS et attaché à l’intégrité territoriale du Royaume. Toujours cette fichue comparaison avec les territoires récupérés !
- Les activistes de Sidi Ifni sont minoritaires. Certains sont des diplômés chômeurs, souvent embrigadés par l’extrême gauche, l’AMDH ou le PADS, les partis traditionnels n’ont pas de réelle présence dans ces contrées. Ces activistes utilisent à la fois les réseaux tribaux, l’insatisfaction générale et… les nouvelles technologies. Le «Samedi noir» est sur la toile pratiquement en live.
- Toute l’histoire est partie d’un recrutement de huit personnes réglé… au tirage au sort. Une bonne écoute, des propositions tenables, auraient pu désamorcer la crise. Au lieu de cela, l’image d’un Maroc au bord de l’implosion, entre ce qui s’est passé à Marrakech et ce qui s’est passé à Sidi Ifni est ce qui ressort sur Internet, premier Média universel. Bravo les artistes !
Dommages collatéraux
Ceci, est d’autant plus dommageable, que des couacs ahurissants ont été enregistrés au niveau de la communication. «Al Jazeera» comme un certain nombre de quotidiens Marocains ont annoncé les huit décès. La chaîne Qatarie a en plus diffusé des images d’archives et les a mélangées à d’autres récupérées sur le net. Le procédé est peu professionnel, et renforce la conviction qu’«Al Jazeera» désinforme quand il s’agit du Maroc. Mais cela méritait l’acharnement contre cette télé, de toute manière cataloguée comme anti-Marocaine ? Alors même que la presse marocaine n’est pas inquiétée et à juste titre, n’importe quel professionnel aurait relayé l’information. Les communiqués, les éditoriaux des journaux du sérail sont aussi idiots qu’indignes, parce qu’ils renforcent la crédibilité d’une télé qui est au journalisme ce que le sida est à l’amour. On en renforce la crédibilité, parce qu’au moment même où on passait les communiqués vengeurs, on passait une intervention du premier ministre «Il n’y a pas d’événements à Sidi Ifni, il ne s’agit que de revendications de Marocains libres dans un pays libre». Abbas El Fassi ne méritait pas ça, l’homme n’était pas au courant, ni son équipe, ni ceux qui ont pris la décision de l’intervention ne l’ont informé. S’il ne peut rien faire face aux seconds, il peut se retourner contre les siens. Ce n’est pas un homme qu’on piège, mais des institutions qu’on ridiculise. D’autant plus que son ministre de la Communication tenait un tout autre discours. Enfin, dernier couac, les dépassements de certains membres des forces de l’ordre, ont jeté l’opprobre sur l’ensemble. L’effort fourni pour restaurer la confiance entre «les flics» les «Merdas», les «CMI» et la société, sont anéantis. Il y a un moyen d’en sortir, retrouver les coupables et leur réserver un châtiment à la hauteur de leur crime. Sidi Ifni, Bouarfa, Sefrou et d’autres contrées se soulèvent contre une situation intolérable. La cause est juste, les méthodes souvent répressibles. Avant d’envoyer la cavalerie, il faut savoir que ces populations ont de réelles raisons de se révolter. Nous sommes tous interpellés, l’écart entre ce que peut faire l’Etat et ce qu’il doit faire est énorme. Cette course contre le temps est porteuse d’orages, dangereux pour la démocratie.
La Gazette du Maroc
Posté par : betty299 | Article lu: 409 fois
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